Maison Daniel Brottier

Archives pour décembre 2008

Quelques vidéos

Mercredi 31 décembre 2008

Ils sont bien beaux, ces enfants, sur les photos. Mais bougent-ils parfois ?

Voici trois vidéos qui vous montrent quelques moments sympas à Maroua. Profitez-bien !

Henriette fait son SHOW ! 

Le coupé décalé, danse à la mode !

Répétition d’un chant

Interview de Thierry Falk - Déc 08

Mardi 30 décembre 2008

Thierry FalkNous avons profité du passage de Thierry Falk, un des responsables de la maison d’accueil de Maroua, en Suisse pour lui poser quelques questions très actuelles sur la structure dont il s’occupe.

Il a très gentillement répondu, de manière claire et précise. Nous le remercions chaleureusement et lui souhaitons une bonne reprise au Cameroun, puisqu’il est désormais de retour.

Thierry, pouvez-vous nous donner des nouvelles des enfants ?

AchilleJe donnerai en premier des nouvelles de Achille (7 mois) qui a été hospitalisé. Le médecin a diagnostiqué un paludisme cérébral. Achille a passé plusieurs jours dans le coma et a eu de très nombreuses convulsions. Martine est découragée. Elle fait des allers-retours, de l’hôpital à la maison, car il n’y a aucun service dans ce genre de structure. Il faut assurer la garde du malade et apporter la nourriture. Si l’on vous prescrit un médicament, il faut aller en pharmacie pour l’acheter. Achille a pu rentrer à la maison, mais il a de graves séquelles : il ne voit plus et peine à bouger les membres. Mais il mange avec appétit ! Les autres enfants vont bien et terminent le premier trimestre d ’école avec plus ou moins de réussite. Il reste à la maison Marie Thérèse et Adèle.

Vous avez, depuis peu, une petite Adèle avec vous. Quelle est son histoire ?
AdèleAdèle est un bébé que nous suivons depuis quasiment sa naissance. Sa maman, malade, a accouchée dans son village, dans la brousse de Mindif. Elle n’a pas pu l’allaiter car étant malade, elle n’avait pas de lait. Au bout de 10 jours, la famille est entrée dans la clinique du Bonsecours pour essayer de soigner la maman. Adèle, depuis sa naissance, n’avait mangée que de la bouillie de mil ou de l’eau sucrée. Durant 10 jours d’hospitalisation de la maman, Adèle n’a rien mangée de plus. Le papa est venu nous chercher à la maison un dimanche soir pour qu’on puisse venir en aide à Adèle (c’est le prêtre de la cathédrale qui lui indiquée notre maison). Il avait dépensé tout son argent pour les médicaments de sa femme et avait contracté une dette à la clinique mais cela n’allait toujours pas et Adèle dépérissait.
On a trouvé la maman et Adèle très faible. Martine s’est occupée du bébé qui était déshydraté et affamé. On a demandé à ce que l’on place une perfusion à Adèle, pour la réhydratée et montré à la grand-mère comment faire un biberon (nous leur avons donné 3 boites de lait maternelle). Ensuite nous nous sommes préoccupé de la maman et sans payer la dette qu’elle avait (nous n’avions pas les moyens) nous lui avons acheté les médicaments durant 5 jours. La maman et l’enfant allant mieux, ils sont retournés au village.
Une semaine après, nous apprenions le décès de la maman et 4 jours après sa mort, le papa est venu à la maison avec Adèle disant qu’il ne pouvait pas s’en occuper. Adèle pesait à ce moment (43 jours) 1 kilo, c’est dire qu’au village on ne s’était pas occupé d’elle. Martine à alerté la Délégation des Affaires Sociales leur disant qu’en ce moment nous ne pouvions pas nous charger de l’enfant mais eux même nous ont demandés de la garder pour l’instant.
Adèle est chez nous depuis 4 semaines et a repris 1 kilo 800g.

A plus de quinze à la maison, parvenez-vous à avoir une vraie vie de famille ?
Oui nous avons une vie de famille. Nous nous retrouvons tous (même les tout petits) tous les soirs à 18h30 pour la prière et c’est le moment où tout le monde peut s’exprimer.
Vie de familleChacun a ses activités, scolaires ou tâches diverses, mais nous nous retrouvons chaque soir. Chacun a son rôle. Il est vrai qu’avec Martine nous passons plus de temps avec les petits (les moins de 6 ans qui demandent plus d’attention) mais chacune et chacun a des rapports de frères ou sœurs et les Léa, Clarisse et Geneviève nous aident beaucoup pour nous occuper des enfants plus petit .
Ils nous manquent toutefois des moments de sortie, tous ensemble, en dehors de la messe dominicale. Nous essayons, tous les ans en fin d‘année, de faire une excursion mais cela s’avère parfois difficile.
Nous avons une vraie vie de famille Africaine.

Les effets de la crise alimentaire se font-ils ressentir jusqu’au Nord Cameroun ?
Oui les effets de la crise se font sentir surtout au niveau des prix et pas seulement alimentaire. Le sac de riz, de sucre, le carton d’huile et de savon, tout cela a augmenté de manière significative. Nous achetions le sac de riz de 100 kg à 14 500f, maintenant il est à 18 000F.L’huile est devenue très chère également (1 300f le litre au lieu de 850f). Le prix du mil dépend de la récolte et de la demande. Cette année la récolte a était bonne mais beaucoup de sacs partent vers le Nigeria et le Tchad. Il y a de la spéculation sur les denrées alimentaires du Nord Cameroun. Nous avons la chance, dans le Diamaré, d’avoir deux récoltes par an mais souvent cet avantage ne profite pas à l’habitants de cette région car une grosse partie de ce mil s’exporte.

Quels projets avez-vous mis en place pour tenter d’être auto-suffisants au niveau alimentaire ?
PiscicultureNous avons initier, récemment, un projet pisciculture avec un ingénieur halieutique envoyé par la DCC (Délégation catholique de Coopération) et payé par la Fondation Bethléem de Mouda. Nous avons creusés 6 bassins de 100 m² où grandissent des poissons chats et des tilapias et effectuer un forage à 26 mètres. Les premiers sont utilisés fumés dans presque toute les sauces qui accompagnent la boule de mil. Nous pensons le fumer et en prendre pour nous même, le restant pourrait être vendu au marché ou à des particuliers. Les tilapias se mangent frais.
Culture des oignonsGrace au forage nous avons commencés du maraîchage avec des oignons, des tomates et d’autres différents légumes.
Nous avons également pris un terrain, dans le village des parents de Martine, appartenant au papa de Clarisse qui est décédé au mois d’avril. Nous avons fait 4 hectares de mil de saison sèche. Cela nous coûte un peu d’argent mais si la récolte est bonne nous n’achèterons pas de sac de mil pendant peut-être une année.

Quels sont les besoins fondamentaux pour lesquels les parrainages sont importants ?
Les besoins fondamentaux sont bien évidemment la ration alimentaire et les soins. Ensuite nous scolarisons tout nos enfants ce qui occasionne de grandes dépenses au mois d’août, septembre et octobre.
Nous avons un besoin essentiel, comme toute les familles de Maroua, qui est le bois de cuisine pour faire cuire la boule. Nous allons tous les 15 jours à Foulou pour voir les parents de Martine et pour chercher du bois.
Sinon une sortie avec tous les enfants, de temps en temps, fait un bien très apprécié par chacun de nous.

Quelle utilité peuvent avoir les dons mensuels, même modestes ?
Par exemple, 23.- CHF nous permet-tent d’acheter 3 boites de lait maternel pour un bébé. 50.- CHF paient l’inscri-ption d’un élève en école primaire. 50.- CHF également pour acheter un sac de mil de 100 kg qui nous fera 15 jours, en alternance avec du riz.
Pour les soins médicaux, les frais sont variables suivant la maladie mais un remède antipaludéens, par exemple, nous coûte 13.- CHF, si il est pris à temps. Les frais d’hospitalisation sont chers malgré le non remboursement.

Quels espoirs avez-vous pour votre maison d’accueil en 2009 ?
L’espoir qu’un jour, peut être, nous serons reconnus officiellement par la Délégation des Affaires Sociales. Nous avons des bons rapports mais notre dossier est à Yaoundé et personne n’est derrière pour le faire avancer.
Nous avons envoyé un dossier à l’ambassade des Pays Bas pour financer une activité génératrice de revenus qui est un moulin pour moudre le mil et le maïs. On aurait l’avantage de ne plus aller au moulin du quartier (a peu près 1 000f pour 10 kilos), d’avoir du son pour nourrir nos chèvres, moutons, canards, poulets et poissons et nous pourrons avoir une recette chaque jour si l’activité marche bien.
Nous avons également l’espoir qu’un jour on puisse avoir une puissance électrique telle que nous puissions avoir un réfrigérateur, un congélateur et que les néons ne clignotent plus le soir comme ils le font régulièrement.
Nous espérons compter sur une entrée d’argent régulière car, par moment, nous avons des difficultés à combler nos dépen-ses, surtout quand nous venons à aider des personnes extérieures que nous n’avions pas prévues.

Après un mois en Europe, vous réjouissez-vous de rentrer au Cameroun ?
Martine et AchilleMartine est très fatiguée, comme je l’ai dit en réponse à la première question. Et oui, je suis extrêmement impatient de la retrouver ainsi que tous les enfants. Je pense que la fois prochaine, je ne pourrai pas venir sans elle.

Version PDF : interview-thierry-dec-08.pdf

Mi-décembre 2008

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